Terroirs
Longtemps jugé au litre, le Languedoc est devenu l'un des vignobles les plus intéressants de France. Voici comment s'y retrouver.
Il y a trente ans, le Languedoc était le vignoble du volume. Aujourd'hui, c'est celui où l'on trouve le meilleur rapport entre ce qu'on paie et ce qu'on boit — et c'est la région la plus représentée dans notre cave après l'international. Voici de quoi s'y repérer.
Trois choses se sont passées en une génération. Les rendements ont chuté, volontairement : on a arraché les vignes de plaine pour se concentrer sur les coteaux. Les cépages ont changé : la syrah, le mourvèdre et le grenache ont remplacé les cépages productifs. Et surtout, une génération de vignerons est arrivée, souvent venue d'ailleurs, attirée par des terres encore accessibles.
Résultat : des vins qui ont gardé la générosité du Sud mais gagné la fraîcheur qui leur manquait. À prix égal, la comparaison avec les régions installées est devenue rude — pour ces dernières.
Au nord de Montpellier, au pied d'une falaise qui fait de l'ombre et rafraîchit les nuits. Syrah dominante, vins droits et poivrés, avec de l'acidité — l'inverse du cliché du Languedoc lourd. C'est souvent l'appellation qui convainc ceux qui « n'aiment pas les vins du Sud ». En rosé, elle donne des vins de gastronomie qui tiennent une planche entière.
Plus haut, plus frais, sur des sols de galets et de schistes. Les écarts jour-nuit y sont les plus forts du Languedoc, ce qui donne des rouges d'une élégance surprenante, avec une finale saline. C'est aujourd'hui l'appellation la plus recherchée de la région, et les prix commencent à s'en ressentir.
Les deux grands classiques, immenses et donc irréguliers : tout dépend du producteur. Le Minervois donne des rouges épicés et souples ; les Corbières, plus rocailleux, plus sauvages, avec du garrigue dans le nez. C'est là qu'on trouve les meilleures affaires de la région, à condition d'être conseillé.
Le Roussillon possède quelque chose d'unique : des rouges doux, mutés à l'alcool, qui accompagnent le chocolat et les fromages bleus comme aucun autre vin. Un Maury sur un dessert au cacao est un accord qu'on n'oublie pas. Ils vieillissent des décennies et coûtent une fraction de ce que vaudrait leur équivalent ailleurs.
Ce n'est pas une appellation mais une indication géographique très large — et c'est justement son intérêt. Les vignerons y font ce que l'AOP leur interdit : monocépages, cépages étrangers, vinifications libres. Beaucoup de vins sans intérêt, et quelques pépites. Le tri se fait à la dégustation, pas sur l'étiquette.
C'est le vrai argument. Entre 12 et 20 €, le Languedoc offre aujourd'hui des vins de vigneron, souvent bio, vinifiés avec soin, dont l'équivalent en Bourgogne ou à Bordeaux coûterait deux à trois fois plus. C'est la raison pour laquelle cette région occupe une place importante dans notre catalogue : ce sont les bouteilles qu'on peut conseiller sans faire hésiter personne.
Et si vous voulez comparer avant d'acheter, c'est exactement le principe de nos soirées dégustation : on ouvre, on goûte, on discute, et on repart avec ce qu'on a aimé.
Écrit au comptoir du Chai Gourmand, à Cugnaux.
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